Commencer par comprendre ce qu'on cherche à financer
Avant de s'intéresser aux dispositifs, il faut identifier ce que la reconversion implique concrètement en termes de coûts. Une reconversion peut nécessiter de financer plusieurs choses distinctes :
| Ce qu'il faut financer | Montants indicatifs | Dispositifs adaptés |
|---|---|---|
| Le bilan de compétences (si pas encore réalisé) | 1 500 à 3 500 € | CPF, plan de développement des compétences |
| Une formation courte de mise à niveau (1 à 3 mois) | 500 à 5 000 € | CPF, AIF France Travail, plan de développement |
| Une formation qualifiante longue (6 à 24 mois) | 3 000 à 20 000 € | CPF de transition (Transition Pro), Pro-A |
| Une VAE (Validation des Acquis de l'Expérience) | 1 000 à 3 000 € | CPF, financement employeur |
| Les revenus de remplacement pendant la transition | Variable selon la durée | ARE (chômage), maintien de salaire CPF de transition |
| La création ou reprise d'entreprise | Variable selon le projet | ARE + ARCE, aides Bpifrance, aides régionales |
Dans la plupart des reconversions impliquant une formation longue, aucun dispositif unique ne finance l'intégralité du projet. Il faut généralement combiner une prise en charge des frais de formation (Transition Pro, CPF) avec un mécanisme de maintien de revenus (ARE, maintien de salaire). Planifier les deux en parallèle dès le début évite les mauvaises surprises.
Le CPF (Compte Personnel de Formation)
Le CPF est le dispositif de base pour tout actif en France. Il se cumule tout au long de la vie professionnelle et reste disponible même en période de chômage ou entre deux emplois.
Montants disponibles
- 500 €/an pour les salariés à temps plein (depuis le 1er janvier 2019)
- 800 €/an pour les salariés sans qualification ou en situation de handicap
- Plafond total : 5 000 € (ou 8 000 € pour les travailleurs non qualifiés)
- Les droits acquis avant 2019 au titre du Droit Individuel à la Formation (DIF) ont été intégrés au CPF et sont toujours mobilisables
Ce qu'on peut financer avec le CPF
Le CPF finance uniquement des formations éligibles inscrites sur Mon Compte Formation. Sont notamment éligibles : les formations certifiantes (RNCP), les bilans de compétences, les VAE, le permis de conduire B et permis poids lourd, les formations aux compétences numériques de base (PSCE).
Ce qu'on ne peut pas financer avec le CPF seul
Les formations non certifiantes, les coachings, les formations courtes de sensibilisation et les formations d'entreprise sur-mesure ne sont généralement pas finançables via le CPF. De même, le CPF ne compense pas le manque à gagner pendant la formation : il finance les frais pédagogiques, pas les revenus.
Rendez-vous sur moncompteformation.gouv.fr avec FranceConnect. Vous y trouverez votre solde exact, la liste des formations éligibles, et la possibilité de déposer un dossier directement. La demande peut se faire sans passer par votre employeur, sauf si la formation a lieu pendant le temps de travail.
Le CPF de transition (anciennement CIF)
Le CPF de transition est le dispositif le plus protecteur pour les reconversions longues. Il permet de suivre une formation certifiante longue en conservant son poste (congé) et en percevant tout ou partie de son salaire pendant la durée de la formation.
Conditions d'accès
- Être salarié en CDI avec au moins 24 mois d'ancienneté dont 12 dans l'entreprise actuelle (ou salarié en CDD sous conditions)
- La formation doit permettre de changer de métier ou de profession (pas une formation dans la continuité directe du poste actuel)
- La formation doit être certifiante (diplôme, titre RNCP ou certification de branche)
- Le dossier doit être déposé auprès de la Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale (CPIR) compétente pour votre région
Maintien de salaire pendant la formation
- 100 % du salaire pour les salaires jusqu'à 2 fois le SMIC
- 90 % du salaire pour les salaires entre 2 et 3 fois le SMIC
- Au-delà, le maintien est plafonné. Pour les très hauts salaires, la prise en charge partielle peut nécessiter un complément de financement personnel.
Comment déposer un dossier
La démarche passe par la CPIR (aussi appelée Transitions Pro) de votre région. Les dossiers sont examinés lors de commissions périodiques. Il est conseillé de déposer au moins 3 à 4 mois avant le début de la formation souhaitée. En cas de refus, un recours est possible.
Le dispositif Pro-A (reconversion ou promotion par l'alternance)
Pro-A permet de financer une reconversion ou une montée en compétences via un contrat d'alternance, sans quitter son emploi. Le salarié reste en CDI pendant toute la durée.
Qui peut en bénéficier
- Salariés en CDI dont le niveau de qualification est inférieur à la licence (Bac+3)
- Salariés en CDI placés en activité partielle
- Le dispositif doit être prévu par la convention collective de la branche professionnelle
Ce que Pro-A finance
Les frais pédagogiques sont pris en charge par l'OPCO de la branche. Le salarié maintient son contrat de travail et sa rémunération normale. La formation se déroule en alternance (partie en entreprise, partie en centre de formation), sur 6 à 24 mois.
L'Aide Individuelle à la Formation (AIF) de France Travail
Pour les demandeurs d'emploi, France Travail peut financer directement une formation via l'AIF lorsqu'aucun autre dispositif ne couvre les frais. Ce n'est pas un droit automatique : c'est une aide accordée au cas par cas par votre conseiller France Travail.
Dans quels cas l'AIF est accordée
- La formation est en lien direct avec un projet de retour à l'emploi validé par France Travail
- Aucun autre dispositif de droit commun ne finance la formation (CPF insuffisant, formation non éligible au CPF...)
- La formation est courte et opérationnelle (les formations longues passent plutôt par d'autres voies)
L'AIF peut être combinée avec le CPF lorsque le solde CPF ne couvre pas l'intégralité du coût. C'est le "co-financement" CPF + AIF, de plus en plus fréquent.
Les aides régionales à la reconversion
Chaque Conseil Régional dispose de ses propres aides à la formation et à la reconversion, indépendamment des dispositifs nationaux. Ces aides sont mal connues mais peuvent être très utiles, en particulier dans les régions qui cherchent à développer certains secteurs (numérique, transition écologique, santé, artisanat).
Exemples de dispositifs régionaux
| Type d'aide | Pour qui | Comment savoir si vous y avez droit |
|---|---|---|
| Chèque formation régional | Demandeurs d'emploi et salariés selon les régions | Site de votre Conseil Régional rubrique "formation professionnelle" |
| Aide aux créateurs d'entreprise | Porteurs de projet de création ou reprise | Réseau Initiative France, BGE, CCI locale |
| Formation dans les métiers en tension régionaux | Demandeurs d'emploi ciblant un secteur identifié | France Travail local + Conseil Régional |
| Aide à la mobilité pour la formation | Personnes devant se déplacer pour suivre une formation | France Travail local (aide mobilité) |
Se reconvertir en créant ou reprenant une entreprise
Si votre projet de reconversion est entrepreneurial, les dispositifs de droit commun s'appliquent différemment. Les principaux mécanismes à connaître :
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L'ARE (Allocation de Retour à l'Emploi) maintenue pendant la création
Si vous étiez salarié et percevez l'ARE, France Travail peut maintenir vos allocations pendant la période de création d'entreprise, tant que les revenus de l'activité restent inférieurs à un seuil. C'est le dispositif ACRE/ARCE qui s'applique en complément pour les droits non encore consommés.
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L'ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d'Entreprise)
Alternative au maintien de l'ARE mensuel, l'ARCE vous verse 60 % de vos droits restants en deux fois (à la création puis 6 mois après). C'est un capital de départ, pas un revenu de remplacement mensuel. À choisir si votre projet nécessite un investissement initial important.
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L'ACRE (Aide aux Créateurs et Repreneurs d'Entreprise)
Exonération partielle de cotisations sociales pendant la première année d'activité. Elle est accordée automatiquement aux demandeurs d'emploi qui créent. Elle permet d'alléger les charges des premiers mois pendant la montée en charge de l'activité.
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Les prêts et garanties Bpifrance et réseau Initiative France
Pour les projets nécessitant un investissement, les prêts d'honneur des réseaux Initiative France (0 % d'intérêt, pas de garantie personnelle) facilitent l'accès au financement bancaire. Ces prêts varient de 3 000 à 50 000 € selon les régions et les projets.
Construire son plan de financement : méthode pas à pas
Face à la multiplicité des dispositifs, il faut construire un plan de financement structuré avant de lancer les démarches. Voici la méthode recommandée :
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Étape 1 : Chiffrer l'intégralité des besoins
Listez tous les postes de dépenses : bilan (si applicable), formation, frais annexes (transport, hébergement si déplacement), et la perte de revenu pendant la période de transition. Ce total est votre "besoin brut".
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Étape 2 : Identifier votre situation de départ
Salarié en CDI, en CDD, demandeur d'emploi, indépendant, fonctionnaire : chaque situation ouvre des droits différents. Vérifiez votre solde CPF, votre ancienneté, votre statut en cas de rupture de contrat envisagée.
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Étape 3 : Prioriser les dispositifs sans reste à charge
Commencez par les dispositifs qui financent les frais de formation sans reste à charge pour vous : CPF de transition, plan de développement des compétences de l'employeur, AIF. Ce n'est que si ces voies sont insuffisantes qu'on passe aux financements complémentaires.
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Étape 4 : Prévoir le financement des revenus de remplacement
C'est souvent le poste oublié. Pendant une formation de 12 mois, il faut vivre. L'ARE, le maintien de salaire CPF de transition, ou une épargne personnelle doivent être prévus avant de lancer la démarche, pas après.
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Étape 5 : Parler à un CEP (Conseiller en Évolution Professionnelle)
Le service CEP est gratuit et disponible auprès de l'Apec (cadres), Cap Emploi (travailleurs handicapés), ou d'opérateurs agréés (Transitions Pro, France Travail...). Le CEP peut vous aider à identifier les financements auxquels vous avez droit et à constituer les dossiers. C'est un passage recommandé avant de déposer toute demande Transition Pro.
Le cas particulier des fonctionnaires et agents publics
Les fonctionnaires disposent d'un droit à la formation spécifique, distinct du CPF "privé". Depuis 2017, ils ont aussi un CPF, crédité de la même façon que pour les salariés du privé. Mais ils ont accès à des dispositifs complémentaires :
- Le Congé de Formation Professionnelle (CFP) : jusqu'à 3 ans pour suivre une formation, avec maintien d'une indemnité (80 % du traitement la première année, 60 % la deuxième, 40 % la troisième).
- La Période de Préparation au Reclassement (PPR) : pour les agents reconnus inaptes à leurs fonctions, avec maintien du traitement.
- Les concours internes et passerelles : pour évoluer vers un autre corps ou cadre d'emploi sans quitter la fonction publique.
Pour les agents de la fonction publique envisageant une reconversion vers le secteur privé, la page dédiée au bilan pour les agents publics détaille les spécificités de la démarche.
Ce qu'un bilan de compétences peut apporter à cette réflexion
Avant d'engager des démarches de financement, il faut un projet suffisamment précis pour constituer des dossiers sérieux. Un CPF de transition refusé par Transitions Pro sur la base d'un projet flou, ça arrive. Un bilan de compétences bien mené permet d'arriver avec un projet documenté, une cible professionnelle précise et une analyse de faisabilité qui renforce considérablement la solidité du dossier de financement.
Si vous n'avez pas encore réalisé de bilan, consultez notre page sur le financement du bilan de compétences via le CPF ou comment choisir un organisme sérieux.